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39 / 2005

 

39

Féminisme(s) :
penser la pluralité

Coordonné par Dominique Fougeyrollas-Schwebel,
Éléonore Lépinard et Eleni Varikas

 

La centralité théorique donnée à l’antagonisme de sexe tend à obscurcir les autres rapports de pouvoir qui traversent le groupe des femmes. Ce numéro aborde une des dimensions longtemps délaissées par le féminisme en France : l’imbrication des dominations sexiste et raciste. Pour ce faire, il procède à une confrontation avec d’autres expériences politiques et contributions théoriques, notamment celles du black feminism.

 

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Sommaire

 

Dossier

Dominique Fougeyrollas-Schwebel, Éléonore Lépinard et Eleni Varikas ( Introduction) [p. 5-12]

Dominique Fougeyrollas-Schwebel
Controverses et anathèmes au sein du féminisme français des années 1970 [p. 13-26]

Nancy Fraser
Multiculturalisme, anti-essentialisme et démocratie radicale. Genèse de l’impasse actuelle de la théorie féministe [p. 27-50]

Kimberlé Williams Crenshaw
Cartographies des marges : intersectionnalité, politique de l’identité et violences contre les femmes de couleur [p. 51-82]

Elsa Dorlin
De l’usage épistémologique et politique des catégories de « sexe » et de « race » dans les études sur le genre [p. 83-105]

Éléonore Lépinard
Malaise dans le concept. Différence, identité et théorie féministe [p. 107-135]

Sonia Dayan-Herzbrun
Détours et transgressions : une approche des rapports de genre [p. 137-151]

Hors-champ

Ludovic Gaussot
Des rapports sociaux de sexe à la connaissance de ces rapports : une vertu cognitive de la non-conformité ? [p. 153-172]

Carme Alemany Gómez et Carmen Mozo González
Offenses, défenses et silences. Les conduites des femmes devant le harcèlement sexuel sur le lieu de travail [p. 173-192]

María-Angeles Durán
Le travail non rémunéré des familles [p. 193-219]

Notes de lecture

— Valeria Ribeiro Corossacz. Identité nationale et procréation au Brésil. Sexe, classe, race et stérilisation féminine (Anne-Marie Devreux)

— Sylvia Faure et Marie-Carmen Garcia. Culture hip-hop, jeunes des cités et politiques publiques (Bruno Péquignot)

— Cynthia Cockburn & Duvravka Zarkov (eds). The Postwar Moment. Militaries, Masculinities and International Peacekeeping. Bosnia and the Netherlands (Gabrielle Varro)

— Clarisse Fabre et Éric Fassin. Liberté, égalité, sexualités. Actualité politique des questions sexuelles (Ilana Löwy)

— Geneviève Sellier et Éliane Viennot (eds). Culture d’élite, culture de masse et différence des sexes (Marie-Hélène Zylberberg-Hocquard)

— Gabrielle Varro. Sociologie de la mixité. De la mixité amoureuse aux mixités sociales et culturelles (Madeleine Rebaudières)

— Philippe Cardon. Des femmes et des fermes. Genres, parcours biographiques et transmission familiale (Pierre Tripier)

— Claire Cossée, Emmanuelle Lada et Isabelle Rigoni. Faire figure d’étranger. Regards croisés sur la production de l’altérité (Katia Vladimirova)

— Jacqueline Laufer, Catherine Marry et Margaret Maruani (eds). Le travail du genre. Les sciences sociales du travail à l’épreuve de la différence des sexes (Roland Pfefferkorn)

— Josette Coenen-Huther. Femmes au travail, femmes au chômage (Liliana Rolfsen Petrilli Segnini)

— Marie-Élisabeth Handman et Janine Mossuz-Lavau (eds). La prostitution à Paris (Carole Gayet-Viaud)

[Notes de lecture — p. 221-252]

 

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Cahiers du Genre, n° 39/2005, novembre, 270 p.

ISSN  1165-3558 - ISBN  2-7475-9378-9

 

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Résumés

Dominique Fougeyrollas-Schwebel — Controverses et anathèmes au sein du féminisme français des années 1970

Dans les années 1970, la théorie marxiste est le point de référence obligatoire des groupes militants politiques de gauche et d’extrême gauche et c’est dans ce contexte qu’il faut analyser les positions politiques et théoriques du féminisme. En effet, l’opposition entre le groupe des Féministes matérialistes et le groupe Psychanalyse et politique, analysée sous le seul argument universalisme versus différentialisme, masque le fait que les divisions qui s’opèrent sont corrélatives aux débats de l’époque entre marxistes. De même, les scissions qui se produisent au sein du collectif Questions féministes en 1980 doivent également se comprendre à la lumière de cet arrière-plan marxiste. L’objectif de cet article est ainsi d’éclairer ce contexte singulier du féminisme en France.

Féminismes — Marxismes — Domination masculine — Différences des sexes — Lesbianisme

Nancy Fraser — Multiculturalisme, anti-essentialisme et démocratie radicale. Genèse de l’impasse actuelle de la théorie féministe

En retraçant l’histoire des débats sur la « différence » qui ont occupé le mouvement féministe depuis les années soixante jusqu’à aujourd’hui, cet essai analyse les impasses actuelles et ouvre une autre perspective. En effet, la discussion, d’abord centrée sur l’opposition « égalité-différence », a connu une seconde phase concernée par les « différences entre femmes » pour enfin parvenir au troisième stade actuel, occupé par le thème des « différences croisées multiples » (genre, « race », classe et sexualité). Aucune des positions idéologiques les plus avancées, c’est-à-dire l’anti-essentialisme et le multiculturalisme, ne permet d’opérer une distinction pertinente entre les revendications identitaires qui sont démocratiques et celles qui ne le sont pas, entre les différences justes et les différences injustes. De ce fait, aucune de ces positions ne peut servir de fondement à une politique féministe viable. Ni l’une ni l’autre n’est capable d’établir un lien entre une orientation culturelle fondée sur l’identité et la différence, d’une part, et une politique sociale de justice et d’égalité d’autre part. Je propose donc en conclusion de passer à une autre phase du débat sur la différence qui viserait à lier l’orientation politique fondée sur la différence culturelle à une politique d’égalité sociale.

Démocratie radicale — Intersection — Féminismes — Théorie féministe — Multiculturalisme — États-Unis

Kimberlé Williams Crenshaw — Cartographies des marges : intersectionnalité, politique de l’identité et violences contre les femmes de couleur

Les discours féministes et antiracistes contemporains n’ont pas su repérer les points d’intersection du racisme et du patriarcat. Face à ces difficultés, cet article propose une approche originale : l’intersectionnalité. La première partie traite de l’intersectionnalité structurelle — de la manière dont le positionnement des femmes de couleur, à l’intersection de la race et du genre, rend leur expérience concrète de la violence conjugale, du viol et des mesures pour y remédier qualitativement différente de celle des femmes blanches. La seconde partie porte sur l’intersectionnalité politique : notamment la marginalisation de la question de la violence contre les femmes de couleur induite par les politiques féministes et antiracistes. Enfin, l’article conclut par l’examen des conséquences de l’approche intersectionnelle dans le champ plus large de la politique de l’identité contemporaine.

Intersectionnalité — Violences contre les femmes — Féminisme — Black Feminism — Racisme — Politiques identitaires — États-Unis

Elsa Dorlin — De l’usage épistémologique et politique des catégories de « sexe » et de « race » dans les études sur le genre

À partir d’une réflexion sur le black feminism, cet article traite de l’articulation entre domination de genre et racisme, en tant qu’elle constitue l’un des enjeux théoriques et politiques les plus importants du féminisme anglo-saxon : dans quelle mesure l’expérience de la ségrégation raciste modèle celle du sexisme et met à mal l’unité politique du féminisme ? Si le sujet idéologique « femme » a implosé sous la critique du patriarcat, qu’en est-il du sujet politique du féminisme lui-même, « Nous les femmes » ? Notre thèse consiste à montrer comment les discours de la domination mettent à disposition des groupes opprimés des cadres anhistoriques qui réifient sans cesse ces mêmes groupes, jusque dans leurs affirmations positives. Dans ces conditions, en voulant déessentialiser le sujet du féminisme, « les femmes », le risque est de le renaturaliser en une myriade de sous-catégories (les femmes noires, les femmes voilées, les femmes migrantes…) qui deviennent des préalables aux luttes. De notre capacité à révéler l’historicité de l’entremêlement des catégories de « sexe » et de « race » et à user de techniques de tumultes à même d’inventer un autre langage politique, dépend notre capacité d’agir et de se penser comme sujets politiques en devenir.

Féminismes — Black Feminism — Domination — Intersectionnalité — Colonialisme — Postcolonialisme — Résistances — États-Unis

Éléonore Lépinard — Malaise dans le concept. Différence, identité et théorie féministe

Si la question de la différence a historiquement été centrale au projet féministe, comme politique et comme théorie, elle est aujourd’hui insuffisante pour penser des rapports de genre qui apparaissent, à la lumière de la critique postcoloniale et des politiques de l’identité, traversés par d’autres rapports de pouvoir. Toutefois, cette critique semble avoir des difficultés à émerger en France où l’histoire du mouvement, en particulier la place qu’y a occupé la question de la lutte des classes, le lien qu’il a entretenu entre théorie et politique, et l’histoire du postcolonialisme — ou plutôt son absence — ont participé à tenir la question de l’articulation entre genre, « race » et ethnicité à l’écart des revendications et de la théorie féministe. Cette configuration historique, sociale et théorique a engendré un certain malaise dans le concept, c’est-à-dire une difficulté à critiquer les acquis théoriques du féminisme et à déconstruire la catégorie « femmes », autrement dit le sujet même du féminisme.

Féminismes — Différence — Identité — Théorie féministe — Rapports de pouvoir — Mouvement féministe — Intersection

Sonya Dayan-Herzbrun — Détours et transgressions : une approche des rapports de genre

Poser l’universalité de la domination du masculin sur le féminin en l’assimilant à celle des hommes sur les femmes voue à l’échec toute visée politique du féminisme comme pensée et pratique de l’émancipation. Il semble au contraire essentiel de mettre en évidence les pratiques de résistance trop souvent occultées par les scientifiques du social. On concevra dès lors la domination comme une relation, une tension entre deux groupes sociaux ou entre un individu et un groupe et non plus comme une étape infranchissable de l’analyse. Il faut aussi distinguer les rituels et les codes, des pratiques effectives bien plus complexes. Le terrain d’observation et de mise à l’épreuve de ces hypothèses est le Proche-Orient, et les pratiques de résistance des Palestiniennes des Territoires occupés ainsi que des camps du Liban, en prenant en compte l’investissement politique du privé et en se mettant à l’écoute de ce que disent et font celles qui sont généralement catégorisées du côté des dominées.

Résistances — Domination — Pouvoir — Patriarcat — Proche-Orient

* * *

Ludovic Gaussot — Des rapports sociaux de sexe à la connaissance de ces rapports : une vertu cognitive de la non-conformité ?

L’objet de cet article est l’influence des rapports sociaux de sexe sur la connaissance de ces derniers. Le fil conducteur est la dette de la sociologie à l’égard de la pensée féministe et les questions (sociologiques) que cette dette pose. Il semble admis au sein des sciences sociales que c’est la transformation des rapports sociaux de sexe qui a permis — ou contraint — le développement de la problématique des rapports sociaux de sexe. Il semble moins bien connu et surtout reconnu que celui-ci n’est pas le produit du fonctionnement « normal » du champ scientifique. Cet article propose ainsi une contribution à l’élucidation de la genèse des problématiques de sexe dans les sciences sociales en interrogeant les conditions sociales de leur renouvellement.

Sociologie de la connaissance — Épistémologie — Standpoint Theory — Féminisme — Genre — Rapports sociaux de sexe

Carme Alemany Gómez et Carmen Mozo González — Offenses, défenses et silences. Les conduites des femmes devant le harcèlement sexuel sur le lieu de travail

Les enquêtes réalisées en Espagne sur l’ampleur du harcèlement sexuel au travail montrent que ce phénomène est plus fréquent que ne l’indique le nombre de plaintes officielles. Dans cet article — qui s’appuie sur les résultats d’une recherche réalisée dans trois secteurs d’activité : la banque en Andalousie, la chimie et la santé en Catalogne — nous analysons en premier lieu les conduites des femmes devant les comportements masculins qui peuvent être compris comme du harcèlement sexuel. Ces conduites sont le produit d’un apprentissage, pas toujours conscient, qui les maintient surtout dans l’invisibilité. L’effort déployé par les femmes pour garder sous silence ce type d’agression nous a amenées, ensuite, à avancer des hypothèses qui pourraient expliquer les raisons de leur conduite. L’invisibilité du phénomène pose aussi la question des résistances à ces comportements et interroge les actions qui visent davantage l’utilisation des dispositifs de type judiciaire que la prévention du harcèlement sexuel.

Harcèlement sexuel — Conditions de travail — Stratégies — Résistances — Espagne

María-Angeles Durán — Le travail non rémunéré des familles

Cet article porte sur le travail non rémunéré effectué au sein du foyer, qui occupe une place centrale dans l’économie. Loin de se limiter aux tâches domestiques courantes, il comprend l’ensemble des soins aux personnes dépendantes (enfants, personnes âgées, malades en particulier), qu’elles soient membres du ménage ou du réseau familial. En s’appuyant sur une série d’enquêtes longitudinales menées en Espagne depuis près d’une décennie, l’auteure montre que ce sont principalement les femmes mariées de 30 à 59 ans, appartenant aux catégories sociales les moins favorisées, qui assument les plus lourdes charges en la matière. Se fondant sur les projections démographiques liées au vieillissement de la population et à la montée de l’activité professionnelle féminine, elle présente un modèle — l’échelle de Madrid — qui permet d’anticiper les mesures à prendre, sachant que les besoins exponentiels ne pourront être satisfaits que s’ils sont partagés, externalisés et rémunérés en grande partie.

Travail non rémunéré — Famille — Travail domestique — Division sexuelle du travail — Politiques sociales — Espagne

 

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Abstracts

 

Feminism(s): Thinking plurality

Dominique Fougeyrollas-Schwebel — Controversies and anathemas in French feminism in the 1970s

In the 1970s Marxism was the obligatory reference point for the radical political groups of the left and far left, and it is in this context that the political and theoretical positions of feminism should be analysed. Analysing the opposition between the Féministes matérialistes and the Psychanalyse et politique group simply from the point of view of the universalism versus difference debate hides the fact that the divisions which existed are correlated to the debates at the time between Marxists. In the same way the divisions that occurred within the collective of Questions féministes in 1980 should also be understood against this Marxist background. The goal of this article is thus to shed light on this particular context of feminism in France.

Nancy Fraser — Multiculturalism, antiessentialism, and radical democracy. A genealogy of the current impasse in feminist theory

This essay reconstructs the history of feminist debates about “difference” from the late 1960s to the present in order to diagnose current impasses and to point the way beyond them. I chart the shift from a first phase of debate focused on “equality versus difference” to a second phase focused on “differences among women” to a third phase, now underway, focused on “multiple intersecting differences” such as gender, “race”, class, and sexuality. I argue that the current difference debate is at an impasse. Neither of the two most advanced positions, antiessentialism and multiculturalism, can provide a basis for distinguishing democratic from anti-democratic identity claims, just from unjust differences. Neither, as a result, can sustain a viable feminist politics. Both fail to connect a cultural politics of identity and difference to a social politics of justice and equality. I conclude by proposing a new phase of debate about difference aimed at connecting the politics of cultural difference with the politics of social equality.

Kimberlé Williams Crenshaw — Mapping the margins: Intersectionality, identity politics, and violence against women of color

Contemporary feminist and antiracist discourses have failed to consider the intersections of racism and patriarchy. To overcome this difficulty, an original approach is suggested here: that of intersectionality. In the first part, the paper discusses structural intersectionality, the ways in which the location of women of color at the intersection of race and gender makes their real experience of domestic violence, rape, and remedial reform qualitatively different from that of white women. The focus is shifted in the second part to political intersectionality, with the analysis of how both feminist and antiracist politics have functioned in tandem to marginalize the issue of violence against women of color. Finally, the implications of the intersectional approach are addressed within the broader scope of contemporary identity politics.

Elsa Dorlin — The epistemological and political usage of the “sex” and “race” categories in gender studies

Starting from a reflection on Black Feminism this article deals with the inter-relationship between gender domination and racism as one of the most important theoretical and political questions in Anglo-Saxon feminism: how far does racist segregation shape sexist segregation and create an obstacle to the political unity of feminism? If the ideological subject “women” has imploded under the impact of the critique of patriarchy what about the subject of feminism itself “we women”? Our thesis is to demonstrate how the discourse of domination provides oppressed groups with ahistorical frameworks that constantly reify these same groups including in their positive statements. In these conditions, wanting to “de-essentialise” the subject of feminism, women runs the risk of renaturalising them in a myriad of sub-categories (black women, headscarf-wearing women, migrant women...), which become preconditions to struggles. Our ability to act and be future political subjects depends on our capacity to reveal the historicity of the inter-relationship of the categories of “sex” and “race” and to use chaos techniques capable of inventing another political language.

Éléonore Lépinard — Difficulty in the concept. Difference, identity and feminist theory

While the question of difference has historically been central to the feminist project as policy and as theory, it is today insufficient to understand the gender relations which appear in the context of the postcolonial critique and identity politics that are run through by other power relations. However it seems to be difficult for this critique to develop in France where the history of the movement, in particular the place taken by the question of the class struggle, the link it has maintained between theory and practice, the history of post colonialism — or rather its absence — have contributed to keeping the question of the articulation between gender, “race” and ethnicity separate from feminist demands and theory. This historical, social and theoretical configuration has created a certain difficulty in the concept, that is to say a difficulty to criticise the theoretical gains of feminism and to deconstruct the category “women”, that is the subject of feminism itself.

Sonia Dayan-Herzbrun — Detours and transgressions: An approach to gender relations

To pose the universality of the domination of the masculine over the feminine by assimilating it to the domination of men over women condemns to failure any political approach to feminism as a thinking and practice of emancipation. On the contrary, it seems essential to shed light on the practices of resistance that are too often hidden by the scientists of the social. We will then see domination as a relationship, a tension between two social groups or between an individual and a group and no longer as a stage in analysis that cannot be traversed. Rituals and codes also have to be distinguished from effective practices that are much more complex. The field of observation and testing of these hypotheses is the Middle East, and the forms of resistance of Palestinian women in the Occupied Territories as well as in the Lebanese camps, taking into account the political implication of the private sphere and by listening to what is said and done by those who are usually categorised as being among the dominated.

*  *  *

Ludovic Gaussot — From gender relations to the knowledge of these relations: A cognitive virtue of non-conformity?

The subject of this article is the influence of gender relations on the knowledge of these latter. The guiding thread is the debt of sociology to feminist thinking and the (sociological) questions that have allowed — or forced — the development of the problematic of gender relations. It seems less well known, and above all recognised, that this is not the product of the “normal” functioning of an academic discipline. This article thus proposes a certain elucidation of the sex problematics in social sciences by questioning the social conditions of their renewal.

Carme Alemany Gómez and Carmen Mozo González — Offence, defence and silence. Women’s behaviour in relation to sexual harassment in the work place

The studies made in Spain on the frequency of sexual harassment at work show that this phenomenon is more frequent than official complaints imply. In this article, based on the results of research carried out in three sectors — banking in Andalusia, chemicals and health in Catalonia —, we analyse first women’s reactions to masculine behaviour which can be experienced as sexual harassment. These reactions are the result of an apprenticeship — not always conscious — that keeps them invisible. The efforts made by women to keep silent on this type of aggression led us then to put forward hypotheses that would explain their behaviour. The invisibility of this phenomenon also raises the question of the resistances to this conduct and questions the actions that aim for more use of juridical methods than the prevention of sexual harassment.

María-Angeles Durán — The unpaid work of families

This article deals with unpaid work by families, which plays a central role in the economy. Far from being simply limited to daily domestic tasks it covers all the care needs of dependants (children, the old and the sick in particular) whether members of the household or of the extended family.  Based on a series of long-term studies in Spain over almost ten years, the author shows that it is mainly married women, between 30 and 59 years of age and of the least privileged social layers, who take on the heaviest burdens. Using demographic projections based on the aging of the population and the increase in women’s waged work, she presents a model — the Madrid scale — which makes it possible to anticipate the measures which should be taken, knowing that the exponential increase in needs can only be satisfied if they are shared out, removed from the family and become in large part remunerated work.

 

 

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Auteur·e·s

Carme Alemany Gómez est sociologue et dirige le Centre d’études Femme et société (CEDIS) de Barcelone. Elle est correspondante à l’étranger des Cahiers du Genre. Ses recherches portent sur « Travail productif et reproductif » et sur « Technologie et genre ».
— (2000). « Le harcèlement sexuel sur les lieux de travail dans cinq pays de l’Europe du Sud ». In Commission des Communautés européennes, DG V. Le harcèlement sexuel sur le lieu de travail dans l’Union européenne.
— (2001). El acoso sexual en los lugares de trabajo (avec Véronique Luc et Carmen Mozo González). Madrid, Ministerio de Trabajo y Asuntos Sociales, Instituto de la Mujer « Serie Estudios », n° 70.

Kimberlé Williams Crenshaw est actuellement professeure de droit à l’UCLA et à l’Université Columbia. Ses recherches portent sur les droits civiques, la théorie du droit du point de vue féministe noir et les rapports entre race, racisme et droit. Elle a publié dans les revues de droit : Harvard Law Review, National Black Law Journal, Stanford Law Review et Southern California Law Review. Elle est membre fondatrice du réseau de recherches Critical Race Theory et elle a coédité l’ouvrage de référence :
— (1995). Critical Race Theory: The Key Documents That Shaped the Movement. New York, The New Press.

Sonia Dayan-Herzbrun est sociologue, professeure à l’UFR de sciences sociales de l’Université Paris 7-Denis Diderot. Elle est directrice du Centre de sociologie des pratiques et des représentations politiques (CSPRP) et de la revue Tumultes, revue interdisciplinaire sur les phénomènes politiques contemporains. Ses travaux sur la symbolisation du politique et sur les logiques de pouvoir au Proche-Orient mettent en avant la dimension des rapports de genre. Elle a publié cinq ouvrages, de très nombreux articles, et coédité dix ouvrages collectifs.
— (2004). Tumultes, n° 23 « Adorno critique de la domination. Une lecture féministe ».
— (2005). Femmes et politique au Moyen-Orient. Paris, L’Harmattan « Bibliothèque du féminisme ».

Elsa Dorlin est maître de conférences en philosophie à l’Université Paris I-Panthéon-Sorbonne. Elle poursuit ses recherches en histoire et philosophie des sciences sur genre, médecine et colonialisme, dans une perspective comparatiste France/Amériques (XVIIe-XXe siècles) et sur la philosophie féministe.
— (2000). L’évidence de l’égalité des sexes. Une philosophie oubliée du XVIIe siècle. Paris, L’Harmattan « Bibliothèque du Féminisme ».
— (2005). « Sexe, genre et intersexualité : la crise comme régime théorique ». Raisons politiques, n° 18.

Maria-Angeles Durán est sociologue. Fondatrice de l’Institut universitaire des études sur les femmes à l’Université autonome de Madrid, elle dirige actuellement une équipe de recherche au Département d’économie du Conseil supérieur des recherches scientifiques. Ses principaux champs de recherche portent sur le travail non rémunéré, mais elle a publié de nombreux travaux en sociologie de la santé, en urbanisme et en sociologie de l’art. Parmi ses publications récentes figurent :
— (2003). Los costes invisibles de la enfermedad. Madrid, Fundación BBVA.
— (1995). “Invitación al análisis sociológico de la Contabilidad Nacional”. Política y sociedad, n° 19 « El trabajo no monetarizado ».  

Dominique Fougeyrollas-Schwebel est sociologue, chargée de recherche CNRS, rattachée à l’Institut de recherche interdisciplinaire en sciences sociales (IRIS-CREDEP-Université Paris Dauphine), membre du comité de rédaction des Cahiers du CEDREF et des Cahiers du Genre, codirectrice de la collection « Bibliothèque du féminisme » aux éditions L’Harmattan. Elle mène des recherches sur « La relation de service : transformations du salariat et services domestiques » et sur « Nouvelles approches de la violence et féminisme ».
— (2002). Les violences envers les femmes en France. Une enquête nationale (avec Maryse Jaspard et al.). Paris, La Documentation française.
— (2003). Le genre comme catégorie d’analyse. Sociologie, histoire, littérature (avec Christine Planté et al. (eds). Paris, L’Harmattan « Bibliothèque du féminisme ».

Nancy Fraser est la Henry A. et Louise Loeb professeure de philosophie à l’école doctorale de la New School For Social Research à New York et corédactrice en chef de la revue Constellations. Après avoir reçu son PhD en philosophie à la City University of New York, elle a enseigné à la Northwestern University (Chicago), à la Johann Wolfgang Goethe-Universität (Francfort), à l’Université Paris 8 et à l’Université d’Amsterdam. Elle a reçu de nombreuses bourses et prix et a été professeure invitée dans plusieurs universités américaines et européennes. Ses recherches portent sur « Justice et démocratie dans un monde globalisé » et sur « Théorie féministe ».
— (2003). Redistribution or Recognition? A Political-Philosophical Exchange (co-authored with Axel Honneth). New York & London, Verso.
— (2005). Qu’est-ce que la justice sociale ? Reconnaissance et redistribution (édition établie et introduite par Estelle Ferrarese). Paris, La Découverte.

Ludovic Gaussot est maître de conférences en sociologie à l’Université de Poitiers et membre de l’équipe Savoirs, cognition et rapports sociaux (SACO). Ses recherches actuelles s’inscrivent dans le cadre de la sociologie de la connaissance et s’appliquent principalement à l’analyse des transformations combinées des rapports sociaux de sexe et des problématiques de sexe dans les sciences sociales.
— (2003). « Engagement et connaissance : sens et fonction de l’utopie pour la recherche féministe ». Cahiers internationaux de sociologie, n° 115.
— (à paraître). « Position sociale, point de vue et connaissance sociologique : rapports sociaux de sexe et connaissance de ces rapports ». Sociologie et sociétés.

Éléonore Lépinard est docteure en sociologie, chercheuse postdoctorante associée à la Chaire de recherche du Canada en citoyenneté et gouvernance de l’Université de Montréal et au Centre d’études des mouvements sociaux (EHESS-Paris). Sa thèse, L’égalité introuvable. Stratégies de légitimation et mise en œuvre de la parité politique en France, portait sur les politiques de quotas en faveur des femmes dans la représentation politique en France et sur les débats qui y sont liés au sein du mouvement féministe et dans l’espace public. Ses thèmes de recherche actuels portent sur les liens entre féminisme et multiculturalisme et sur le féminisme européen.
— (2004). « “Les femmes ne sont pas une catégorie” : les stratégies de légitimation de la parité en France » (avec Laure Bereni). Revue française de science politique, vol. 54, n° 1.
— (2005). “Identity without Politics: How Cultural Politics Shaped the Implementation of the Sex-Parity Law in French Local Politics”. Social Politics, International Studies in Gender, State, and Society (à paraître).  

Carmen Mozo González est professeure d’anthropologie sociale à l’Université de Séville (Espagne). L’anthropologie du genre constitue son principal champs de recherche et d’enseignement.
— (2001). El acoso sexual en los lugares de trabajo (avec Carme Alemany Gómez et Véronique Luc). Madrid, Ministerio de Trabajo y Asuntos Sociales, Instituto de la Mujer « Serie Estudios », n° 70.
— (2003) (eds). Antropología de los Géneros en Andalucía. De viajeros, antropólogos y sexualidad (avec Fernando Tena Díaz). Sevilla, Mergablum. 

Eleni Varikas est maître de conférences en sciences politiques à l’Université Paris 8 et membre du laboratoire Genre, travail, mobilités. Ses travaux portent sur « le genre dans la théorie politique moderne », « Citoyenneté démocratique et exclusions ». Parmi ses publications récentes :
— (2003) (eds). « Le paria. Une figure de la modernité » (avec Martine Lebovici). Tumultes, n° 21-22.
— (2004). « Adorno critique de la domination. Une lecture féministe » (avec Sonia Dayan-Herzbrun et Nicole Gabriel). Tumultes, n° 23.

 

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