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22 / 1998 Cahiers du Gedisst

22

La petite enfance : pratiques et politiques

Coordonné par Jacqueline Heinen

 

 

 Introduction au format pdf

 

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Sommaire

 

Dossier

Jacqueline Heinen
Introduction [p. 5-23]

Béatrice Ludwig
Normes et valeurs dans l'éducation des jeunes enfants en Allemagne [p. 25-41]

Anne-Marie Daune-Richard
La garde des jeunes enfants en Suède. Un enjeu pour l'égalité des sexes [p. 43-63]

Jet Bussemaker
La garde des enfants aux Pays-Bas : discours et débats [p. 65-84]

Geneviève Cresson
Les difficultés d'une politique de la petite enfance. L'exemple de Lille [p. 85-104]

Liane Mozère
Les métiers de la crèche. Entre compétences féminines et savoirs spécialisés [p. 105-123]

Marie-France Cristofari, Adelina Miranda
La socialisation d'un rapport intime à caractère privé. Les métiers de la petite enfance [p. 125-149]

 

Comptes rendus

— Zillah Eisenstein. Hatreds. Racialized and Sexualized Conflicts in the 21st Century (Marilène Vuille)

— Équipe pluridisciplinaire Femmes-Méditerranée. Le forum et le harem. Femmes et hommes, pratiques et représentations (Jacqueline Coutras)

— Christophe Dejours. La souffrance en France. La banalisation de la justice sociale (Joel Birman)

— George L. Mosse. L'image de l'homme. L'invention de la virilité moderne (Hélène le Doaré)

— Jeanne Bisilliat (ed). Face aux changements. Les femmes du Sud (Marilène Vuille)

[p. 151-161]

  Comptes rendus au format pdf

 

Cahiers du Gedisst, n° 22/1998, avril, 168 p.

ISSN  1165-3558 - ISBN 2-7384-7064-5

 

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Résumés

Béatrice Ludwig — Normes et valeurs dans l'éducation des jeunes enfants en Allemagne

En favorisant l'éducation du jeune enfant dans la famille jusqu'à l'âge de trois ans, la politique familiale en Allemagne augmente pour les mères le risque d'une désinsertion professionnelle. Si des changements de points de vue se sont fait jour dans l'histoire des modes de garde, on voit perdurer un clivage très fort entre les partisans des crèches et leurs détracteurs qui défendent la prédominance des compétences parentales, en particulier maternelles, dans la prise en charge du très jeune enfant. L'étude d'un mode d'accueil collectif particulier — « le groupe d'âges mélangés », appelé aussi « le modèle de Cologne » — permet de saisir combien une telle approche de la socialisation est difficile à mettre en œuvre dans un contexte politique marqué par les représentations idéologiques des Églises et des deux grands partis, la CDU et le SPD, sur la famille, l'insertion professionnelle des mères et l'éducation des jeunes enfants.

Anne-Marie Daune-Richard — La garde des jeunes enfants en Suède. Un enjeu pour l'égalité des sexes

Depuis les années soixante-dix, la Suède a consacré un effort important à la garde des jeunes enfants : congés parentaux rémunérés en pourcentage du salaire antérieur et croissance considérable de l'offre publique de garde. Cette politique s'est inscrite explicitement dans des préoccupations qui – à côté de celles concernant l'enfant — visaient l'égalité entre les hommes et les femmes par un rééquilibrage de leur participation respective au marché du travail et aux charges parentales. On examinera ici comment le système de garde des jeunes enfants s'est créé et développé et comment il s'est articulé à la mise en place d'un nouveau « contrat entre les sexes ». On verra enfin comment ce modèle affronte la crise — crise de l'emploi, crise de l'État-providence — que connaît la Suède depuis les années quatre-vingt-dix.

Jet Bussemaker — La garde des enfants aux Pays-Bas : discours et débats

Cet article traite des politiques menées aux Pays-Bas dans le domaine de la petite enfance depuis les années soixante. L'analyse du cas hollandais met en évidence trois arguments avancés pour soutenir ou bloquer les interventions publiques en la matière. Ces principes, qui se réfèrent à la moralité, l'intérêt et l'efficacité, s'appuient sur divers arguments fondamentaux concernant le genre, le soin aux personnes dépendantes (care) et la protection sociale. Le principe de moralité a dominé les débats politiques dans les années soixante et celui de l'intérêt a prévalu dans les années soixante-dix. À cause de la réforme de l'État-providence, c'est l'argument de l'efficacité qui a surtout légitimé l'expansion des équipements publics destinés à la petite enfance. En dépit des résultats atteints, des féministes ont critiqué les présupposés qui lui étaient sous-jacents. Dans un contexte marqué par la réforme de l'État-providence, les discours dominants sur les modes de garde des petits enfants sont en train de changer, ce qui peut avoir des conséquences importantes sur la façon dont s'articulent le genre, le soin aux personnes dépendantes et l'État.

Geneviève Cresson — Les difficultés d'une politique de la petite enfance. L'exemple de Lille

La ville de Lille a signé en 1994 un contrat petite-enfance avec la CAF. Parmi ses ambitions, ce contrat affiche l'« amélioration de la qualité des services rendus aujourd'hui à la petite enfance ». Et parmi ses objectifs, celui de réaliser « une coordination, une animation du dispositif petite enfance par les élus et les techniciens de la ville, permettant un dialogue, une consultation et un partenariat centrés sur l'éducation aux enfants ».
Après avoir rapidement décrit la situation préexistante, cet article s'attache à mettre en évidence les souplesses et rigidités de ce fonctionnement. Les plus anciennes règles du financement ne sont pas toujours bien vues ni faciles à accepter par les parties en présence. La division du travail entre PMI et CAF, les surcoûts entraînés par le contrat petite-enfance, l'augmentation des tarifs qui en a résulté, et la concurrence d'autres mesures de la politique familiale, continuent à poser problème. Ce qui renvoie aux contradictions qui traversent la politique de la petite enfance aussi bien dans sa définition — au niveau national — que dans son application particulière dans le contexte local.

Liane Mozère — Les métiers de la crèche. Entre compétences féminines et savoirs spécialisés

À l'origine, nombre de « métiers » prenant en charge les jeunes enfants mobilisent ce que nous appellerons des qualités féminines ou maternelles : toute femme n'est-elle pas potentiellement toujours mère ? En s'appuyant sur un certain nombre de travaux historiques, notre travail cherche à déterminer la manière dont ces qualités sont utilisées, mais aussi métabolisées, tant par ce que Foucault appelle des formations de pouvoir et de savoir, que par les pratiques des personnels dans la crèche. Elles se transforment, au cours de ce processus en compétences féminines. C'est ce mouvement que nous avons appelé « processus de professionnalisation » que nous distinguons clairement de la définition anglo-saxonne traditionnelle de la profession. Les femmes qui travaillent dans les crèches tendent en effet, par ce « processus de professionnalisation » d'une part, à développer des savoirs propres et d'autre part, à expérimenter des régimes de pratiques qui peuvent, si leurs partenaires des savoirs spécialisés y consentent, donner lieu, à la place des habituelles imposition et aliénation, à ce que nous avons appelé une coproduction.

Marie-France Cristofari, Adelina Miranda — La socialisation d'un rapport intime à caractère privé. Les métiers de la petite enfance

La socialisation du suivi de la petite enfance, présentée du point de vue des demandes, des offres et des règles institutionnelles, intègre des activités professionnelles ayant différents liens avec la sphère privée. Ainsi, l'intériorisation d'un modèle maternel est généralement à l'origine de l'engagement massif des femmes. Dans le cours du travail, la capacité d'une jonction avec les parents est considérée comme une des principales conditions de réussite. Enfin, un professionnalisme s'affirme par l'aptitude à fournir une réponse personnalisée aux besoins de l'enfant et à des demandes le plus souvent implicites et aussi diverses que peuvent l'être les cultures et les pratiques privées. À travers des entretiens et des observations réalisés en Île-de-France, sont mises en évidence les convergences des deux principaux modèles de ce service, le cadre collectif et le cadre familial.

 

 

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Abstracts

Béatrice Ludwig — and values in the education of young children in Germany

By encouraging childcare within the family up to the age of three, family policy in Germany increases the risk of professional exclusion for mothers. Although there have been changes in the approach to childcare models, a strong divergence continues between supporters of crèches and their detractors, who defend the pre-eminence of parental, and in particular maternal, competence in the care of very small children. The study of a particular model of collective care — the “mixed age group”, also called the “Cologne model” — makes it possible to understand how such an approach to socialisation is difficult to put into practice in a political context marked by the ideological notions of the churches and the two main parties, the CDU and the SPD, on the questions of the family, professional insertion of mothers and the education of young children.  

Anne-Marie Daune-Richard — Childcare in Sweden. A stake in gender equality

Since the 1970s, Sweden has made a big effort in relation to childcare: parental leave paid at a percentage of the previous wage and a considerable increase in the availability of public childcare. This policy is an explicit aspect of a preoccupation — apart from the well-being of children — to achieve equality between women and men by a readjustment of their respective shares of the labour market and parental responsibilities. This work examines how the childcare system has been created and developed and how it is linked to the establishing of a new “contract between the sexes”. Finally it looks at how this model faces up to the crisis — crisis of employment, crisis of the Welfare State — affecting Sweden since the 1990s.  

Jet Bussemaker — Rationales of care in contemporary welfare states: The case of childcare in the Netherlands

The article is concerned with childcare policies in the Netherlands since the 1960s. In analysing the Dutch case, three rationales to sup­port or impede public childcare are distinguished. These rationales — a moral, an interest and an efficiency rationale — reflect various basic arguments on gender, care and welfare. While a moral rationale dominated the political debate in the 1960s and an interest rationale the 1970s, the rationale of efficiency — related to welfare state reform has been particularly important for an expansion of childcare provisions since the late 1980s. Although this rationale has provided sound arguments for the expansion of childcare, it has been criticized by feminists because of the hidden assumptions in it about care. In the context of welfare state reform, hegemonic discourses on childcare are shifting and may have significant consequences for the relation between gender, care and the welfare state.

Genevière Cresson — The difficulties of a childcare policy. The Lille example

In 1994 the city of Lille signed a childcare contract with the CAP. Among the stated ambitions of this contract was “the improvement of the quality of services available for children”. And one of its goals was to achieve “the coordination, the creation of a childcare system by the elected representatives and the professionals of the city, making possible dialogue, consultation and partnership, centred on the education of children”. Having rapidly described the previous situation, this paper concentrates on showing the flexibility and the rigidity of this system. The oldest rules on financing are not always well regarded nor easy to accept for the different parties concerned. The division of labour between the PMI and the CAF, the additional costs occasioned by the childcare contract, the increased tariffs which have resulted and the competition with other family policy measures continue to be a problem. This raises the contradictions of childcare policy both in its definition — at national level — and in its particular application at the local level.  

Liane Mozère — The childcare professions. Between feminine skills and specialised knowledge

At the start, a number of the “professions” looking after small children mobilise what we call feminine or maternal values: is not every woman potentially a mother? Based on a certain number of historical studies, this paper seeks to determine how these qualities are used and changed, as much by what Foucault calls the formation of power and knowledge as by the practice of crèche personnel. They become, during this process, feminine skills. This is what we have called the “process of professionalisation”, which we differentiate clearly from the traditional Anglo-Saxon definition of profession. Women who work in crèches tend in fact, through this “process of professionalisation”, on the one hand to develop their own knowledge and, on the other hand, to experiment with different forms of practice which, if their partners of specialised knowledge agree, give rise, instead of the usual impositions and alienation, to what we call a coproduction.

Marie-France Cristofari, Adelina Miranda — The socialisation of an intimate relationship of a private character. The childhood professions

The socialisation of childcare, presented from the point of view of supply, demand and institutional rules, integrates professional activities that have different relationships to the private sphere. Thus the internalisation of a maternal model is generally at the origins of a massive involvement by women. At work, the capacity to build a relationship with the parents is considered as one of the main preconditions for success. Finally, professionalisation is shown by the capacity for an individual response to the needs of the child, to demands that are usually implicit and as different as the individual culture and practice. The convergences between the two main models of this service, the collective and family frameworks, are shown through interviews and studies carried out in Île-de-France (the Paris region).

 

 

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Auteur·e·s

Jet Bussemaker est professeure assistante au département de Science politique et d'Administration publique de l'Université Libre d'Amsterdam. Ses recherches portent sur la citoyenneté, les États-providence et le genre. Elle a entre autre publié :
— (1988). Gender, Participation and Citizenship in the Netherlands. Aldershot, Ashgate, (comme co-auteure).
— (1996). « Genre et citoyenneté dans l'Etat-providence aux Pays-Bas ». In del Re A. et Heinen J. (eds) Quelle citoyenneté pour les femmes ? Paris. L'Harmattan.
— (1997). « Citizenship, Welfare State Regimes and Breadwinner Arrangements: Various Background of Equality Policy ». In Gardiner F. (ed) Sex Equality Policy in Western Europe. London. Routledge.

Geneviève Cresson est maître de conférences en sociologie Université de Lille 3. Membre du CLERSE (Centre lillois d'études et de recherches sociologiques et économiques)
— (1995). Le travail domestique de santé, analyse sociologique. L'Harmattan, coll logiques sociales.
— (1996). Cresson G., Heinen J., Ludwig B. « Accueil et socialisation des jeunes enfants à Cologne et à Lille » Rapport de recherche pour la CNAF. 
— (1998). « Les parents et les douleurs de leur enfant dans la vie quotidienne ». In Cook J., Turs A. (eds) La douleur de l'enfant. Paris. Syros.

Marie-France Cristofari a réalisé des études sur les conditions de travail et sur les risques professionnels à la DARES au ministère des Affaires sociales et mené une recherche sur les métiers de la petite enfance. Elle est actuellement à l'INSEE.
— (à paraître en 1998). « Les conditions de travail des femmes salariées ». In Les conditions de travail en perspectives. Cahier Travail-Emploi. La documentation française.
— (1996) « Travail des femmes et métiers de la petits enfance ». In « Les femmes et l'entre-deux ». Cahiers du Gedisst, n° 15. IRESCO. CNRS.
— (1995). « Les enjeux d'un compromis pour une représentation statistique des risques professionnels ». In « L'usage des méthodes statistiques dans l'étude du travail ». Journée-débat du 19.1.1994. Cahier Travail et Emploi.

Anne-Marie Daune-Richard, sociologue, est chercheure au CNRS (Laboratoire d'Economie et Sociologie du Travail, Aix-en-Provence). Ses travaux portent sur la division sexuelle du travail et les rapports sociaux de sexe et concernent la France, mais aussi la Suède et le Royaume-Uni. Dernières publications :
— (1997). « Travail et citoyenneté : un enjeu sexué hier et aujourd'hui ». In Bouffartigue P., Eckert H. et Pendariès J.-R., Le travail à l'épreuve du salariat. Paris. L'Harmattan.
— (1998). « How does the 'societal effect' shape the use of part time work in France, the U.K. and Sweden ». In J. O'Reilly and C. Fagan (eds), Part-time prospects. An International Comparison of Part-time Work in Europe, North America and the Pacific Rim. Routledge.

Jacqueline Heinen est sociologue, professeure des Universités et directrice des Cahiers du Gedisst. Elle est membre du GEDISST. Ses recherches portent sur l'emploi, les politiques sociales et la citoyenneté, plus particulièrement en Europe de l'Est.
— (1995). Chômage et devenir de la main-d'oeuvre féminine en Pologne. Le coût de la transition. Paris, L'Harmattan.
— (1996). Quelle citoyenneté pour les femmes ? La crise des Etats-providence et de la représentation politique (avec Alisa del Re, eds). Paris, L'Harmattan.

Béatrice Ludwig est sociologue. Depuis 1990, sa recherche s'est centrée sur la comparaison des représentations idéologiques en France et en Allemagne concernant l'éducation des jeunes enfants, la famille et l'insertion sociale et professionnelle des mères.
— (1991). « La séparation au quotidien entre les mères et les enfants, ses représentations en Allemagne de l'Ouest et en France ». Revue française des affaires sociales, n° 3.
— (1997). Cresson G., Heinen J., Ludwig B. « Valeurs et normes dans l'éducation de la petite enfance - comparaison entre Lille et Cologne ». Recherches et Prévisions, n ° 49.

Adelina Miranda est professeure d'anthropologie culturelle à l'Université de Naples II. Elle a travaillé sur les mouvements migratoires italiens en France et leurs effets sur la construction de la spatialité contemporaine. Elle a participé à la recherche sur les métiers de la petite enfance menée par M.F. Cristofari, en analysant particulièrement les assistantes maternelles.
— (1996). Migrants et non migrants d'une commune italienne. Paris L'Harmattan.
— (1996). « L'agencement de la multilocalité depuis le lieu d'origine ». In Espaces et Sociétés, n° 80-81.

Liane Mozère est maître de conférences à l'université de Rouen, laboratoire GRIS.
— (1998). « Petits métiers urbains au féminin. Les assistantes maternelles et les nourrices entre familialisme et précarité ». Rapport intermédiaire de recherche effectuée pour le compte de la CNAF, du FAS et du Plan Urbain.
— (1998). « Territorialisation et déterritorialisation : le cas des quartiers de Développement social urbain ». In Liane Mozere, Michel Peraldi, Henri Rey (eds), ouvrage à paraître Développement social urbain et citoyenneté.

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